http://www.mab-france.org/fr/renforcer-le-reseau/demarche-daccompagnement/29/
Démarche d'accompagnement
ImprimerLa création ou la révision d’une Réserve de biosphère est l’occasion de réaliser un diagnostic collectif sur les problèmes de la région concernée. C’est un moment d’échange entre acteurs, d’apprentissage et de rapprochement des points de vue sur le fonctionnement et le devenir du territoire.
Un dossier est à constituer, comprenant notamment des éléments statutaires. En amont de sa rédaction, la démarche comporte des étapes clés animées par le porteur du projet. Toutes sont nécessaires pour rechercher des points d’accord et de mobilisation des acteurs, partenariats indispensables à la vie de la réserve de biosphère et à sa coordination
Une information transparente pour tous
Une information large et accessible doit être apportée aux habitants. Outre la presse et autres moyens de communication, le projet donne lieu à des réunions publiques et des séminaires avec des acteurs particuliers (élus, gestionnaires, socioprofessionnels, chercheurs). Un site internet dédié au projet permet la mise à disposition rapide des comptes rendus de réunions, dossiers, échanges à propos du projet. Il peut comporter une partie collaborative
Organiser et animer la participation locale
Des démarches participatives sont à mettre en œuvre pour élaborer un projet collectif et (re)mobiliser les acteurs locaux. Le MAB France peut conseiller et animer des ateliers de co-construction combinant la mise en œuvre de plusieurs outils, en fonction des spécificités locales. Ils réunissent des acteurs socioéconomiques, élus, associatifs, représentants de l'administration, et autres gestionnaires du territoire concerné.
Parmi les outils et démarches participatives de diagnostic territorial, la méthode ARDI (Acteurs - Ressources - Dynamiques - Interactions) a été utilisée dans plusieurs révisions et création de réserves de biosphère. Elle consiste à co-construire avec les acteurs concernés une représentation partagée du territoire en identifiant successivement les acteurs et leurs entités de gestion, les principales ressources du territoire, et les principales dynamiques écologiques et sociales en jeu, en abordant successivement quatre questions :
- Quels acteurs semblent pouvoir jouer un rôle décisif dans la gestion de la réserve de biosphère ?
- Quelles sont les principales ressources du territoire de la réserve de biosphère et les informations essentielles à savoir pour en garantir une utilisation durable ?
- Quelles sont les principales dynamiques en jeu ?
- Comment chaque acteur utilise les ressources qu’il convoite et modifie ces dynamiques?
Les réponses à ces questions sont formalisées sous la forme de diagrammes de façon à être assimilés par les participants :
- A. Le diagramme des acteurs et des entités de gestion liste l’ensemble des acteurs présents sur le territoire en différenciant les acteurs directs, dont les pratiques ont un effet direct sur les principales ressources du territoire, des acteurs indirects dont les actions vont encourager les premiers à changer de pratique. A chaque acteur direct est associé une ou plusieurs entités de gestion. D’autres variables prédominantes comme l’aléa climatique sont également mentionnées.
- R. Le diagramme des ressources précise les principaux types de ressources utilisés et les indicateurs les plus pertinents pour en évaluer l'état.
- D. Les diagrammes des dynamiques identifient les processus écologiques, économiques ou sociaux qui font "bouger" le territoire.
- I. Le diagramme des interactions fait la synthèse des précédents en mettant l’accent sur l’articulation entre usagers et ressources. Les flèches symbolisent les interactions entre acteurs et ressources ou entre acteurs à propos des ressources. Elles sont associées à des verbes qui précisent le type d’action génère l’interaction et à des indicateurs qui correspondent aux informations utilisées par les acteurs pour prendre leurs décisions.
Cette approche débouche sur la production d’un schéma de la Réserve de biosphère, établi par et pour les acteurs locaux.
Evaluer l'état des connaissances
La réalisation d‘un état des connaissances sur les activités humaines, les processus sociaux, économiques et écologiques qui prennent place dans ou autour de la Réserve de biosphère, permet d’identifier les lacunes et de mobiliser des chercheurs, d’organiser la collecte et l’analyse des données, et de structurer des programmes éducatifs.
Afin d’identifier les lacunes dans les connaissances relatives aux grands enjeux de gestion de chaque Réserve de biosphère, un état des lieux est vivement conseillé. Un atelier participatif d'une journée peut être consacré à l'évaluation collective du niveau de connaissance – scientifique, technique et empirique – sur les principales activités menées dans la Réserve de biosphère.
A partir de la liste des activités existant sur le territoire, les participants vont, dans un premier temps, évaluer quelle partie du territoire est concernée par chacune de ces activités. Quand l’activité est diffuse, on se contente de donner le pourcentage de la surface concernée et le nombre d’acteurs impliqués ; quand l’activité est ponctuelle, elle est localisée sur une carte.
Ensuite, chaque groupe évalue l’impact écologique, économique, social et culturel de chacune des activités, et le niveau de connaissance scientifique, technique ou empirique connu. Ces impacts sont évalués de façon qualitative mais l’évaluation doit intégrer le sens de l’effet (positif, neutre, négatif), son intensité (fort, moyen, faible) et sa tendance (augmente, diminue, stable). Les avis sont regroupés dans un tableau, la comparaison des tableaux est un exercice très enrichissant car il permet soit de mettre en évidence des visions partielles ou complémentaires du territoire, soit de détecter des divergences de vue.
Si la colonne relative au niveau de connaissances fait apparaître d’énormes lacunes, ou si le collectif a clairement identifié un manque de connaissances inacceptable sur une activité donnée, un dernier exercice peut consister à repérer comment cette activité a été explicitée sur le diagramme d’interactions produit lors des ateliers ARDI, et à imaginer les recherches à mener pour lever une partie de l’incertitude sur le fonctionnement de cette activité.
Spatialiser les enjeux pour l’action : le zonage
L'élaboration ou la révision d'un projet de Réserve de biosphère conduit à proposer un zonage du territoire répondant aux critères statutaires de l'UNESCO. L'atelier permet de déterminer les zones prioritaires d'intervention et de les localiser sur une carte, en s'appuyant sur le modèle des Réserves de biosphère.
Une première étape consiste, sur une carte muette et dans un périmètre relativement flou, à repérer les zones prioritaires d’intervention en termes de conservation comme de développement avec une carte différente pour chacun des enjeux identifiés. Ensuite, une carte synthétique est produite sur laquelle figurent les zones prioritairement dédiées à la conservation et bénéficiant d'un statut de protection national (zones centrales), les zones associant conservation et développement dans le cadre d'une démarche de progrès volontaire et contractuelle (zone tampon), et les zones où l'accent sera mis sur l'éducation et la sensibilisation (zone de coopération).
Le cadre social et institutionnel est pris en compte, et il s’agit alors de préciser les modalités de gouvernance de la Réserve de biosphère.
Rédiger et soumettre le dossier
Une fois le dossier de création ou d'examen périodique validé par les principaux acteurs du
territoire, et formellement approuvé par les autorités et les élus locaux, une procédure a été mise en place pour s'assurer que le dossier remplit les critères statutaires de l'UNESCO et présenter un projet qui a toutes les chances d'être retenu.
Le dossier est alors soumis à deux rapporteurs : un membre du bureau du MAB France, et un scientifique ayant des compétences sur les enjeux prioritaires de la Réserve de biosphère. Une fois les rapports établis, le dossier est présenté et défendu devant le comité MAB France ; des recommandations sont alors formulées afin d'améliorer le dossier et garantir une bonne évaluation après sa transmission à l'UNESCO.
Entre le lancement de la démarche et la validation par l’UNESCO, le délai minimal est de 18 à 24 mois.
La Réserve de biosphère nouvellement créée reçoit un diplôme signé de la main du Directeur général de l’Unesco, occasion d’une cérémonie et parfois d’une fête.
La démarche de concertation conduite dans les Gorges du Gardon
Le Syndicat mixte des Gorges du Gardon, porteur d’un projet de réserve de biosphère, a demandé l'appui du MAB France pour impliquer les acteurs économiques et la population dans l'élaboration du projet. Un éventail de démarches participatives a ainsi été mis en œuvre selon la démarche suivante :
- Une réunion entre le MAB et les techniciens du syndicat, pour clarifier les tenants et aboutissants d’une désignation en réserve de biosphère, puis partager les représentations du territoire et de cette structure par les membres de l’équipe même.
- Une réunion publique d’échanges et d’information sur le MAB et le réseau mondial des réserves de biosphère dans chacune des communes de la zone pressentie, en présence de personnes de réserve de biosphère existantes ou du MAB France, venues témoigner de leurs expériences.
- Une série de réunions chez l’habitant organisées par des volontaires, pour discuter plus librement, dans un cadre convivial, du projet de réserve de biosphère.
- Une démarche collective de caractérisation de l’identité du territoire, d’identification des tendances d’évolution, de clarification et de partage des enjeux et actions à entreprendre selon la méthode "Town Hall meeting », avec une centaine d’acteurs du territoire.
- Des ateliers de co-construction d’une représentation partagée des principaux enjeux, avec les acteurs concernés.
- Un atelier pour clarifier l’état des connaissances sur ces enjeux et sélectionner les actions pertinentes de recherche, de développement, de conservation, de sensibilisation ou de mise en place de programmes pédagogiques.
- Une ultime séance de travail pour préciser le zonage de la réserve de biosphère et les modalités de sa gouvernance.
- Enfin, une réunion publique finale d’information.