Actualité

19 Juil 2017

« Depuis toutes ces années, on privilégie les populations locales et les résidents. »

Trois questions à M. Heremoana MAAMAATUAIAHUTAPU, ministre de la culture, de l’environnement, de l’artisanat, de l’énergie et des mines, en charge de la promotion des langues et de la communication de Polynésie française, et Mme Miri Tatarata, de la Direction de l’environnement de Polynésie française.

 

La Réserve de biosphère de la commune de Fakarava a déposé cette année un dossier d’examen périodique proposant une extension de la zone tampon à l’ensemble de l’espace océanique intra communal des 7 atolls réunis dans la RB. Le dossier a été validé par le conseil et la Réserve de biosphère est désignée pour les 10 prochaines années. Heremoana MAAMAATUAIAHUTAPU, ministre en charge de l’environnement, et Miri Tatarata, de la Diren, se prêtent au jeu des questions-réponses.

 

 

Comment voyez-vous l’avenir de la RB à la fois pour le contrôle de cette zone, et peut-être l’idée d’étendre au-delà de la commune ?

Dans le cadre de cet examen périodique, des espaces protégés ont été mis en place,  validés par le code de l’environnement, qui remplace l’outil initial qui était le PGEM, plan de gestion des espaces maritimes. Le code de l’environnement nous oblige à valider des plans des gestions qui accompagnent la mise en place de ces espaces protégés. Ils sont définis en accord avec la population, validé par le ministre puis sont suivis avec la population.

Tous les systèmes sont mis en place : les ancrages sont déjà posés sur Fakarava, le balisage des espaces protégés se fera cette année. Les ancrages sur Kauehi seront réalisés cette année. On procède à l’ensemble de la signalétique de ces espaces qui correspondent aux aires centrales et aux zones tampons de la RB.

Concernant la surveillance et le contrôle, des formations sont assurées par un juriste auprès des associations, des « paumotus » (habitants des îles Tuamotu), pour expliquer le rôle de chacun, celui de la police municipale et celui des associations.  Dans le code de l’environnement, on a aussi la possibilité de mettre en place des gardes nature, pour permettre d’assurer un suivi et un contrôle des espaces protégés.

 

Le tourisme est une question sensible en Polynésie. Comment le gérer dans la Réserve de biosphère ?

Il y a une certaine réserve qui a été émise à propos de la maitrise du développement touristique, nous en avons bien conscience. C’est une question qui mérite d’être approfondie. Il y a déjà depuis plusieurs années, des demandes pour la construction d’hôtels de luxe avec des bungalows sur l’eau nous sont parvenues. On parvient à les bloquer pour le moment.

Des expériences sont menées actuellement dans d’autres parties de la Polynésie française, avec des hôtels vertueux d’un point de vue énergétique ainsi qu’écologique.

On arrive aujourd’hui à démontrer que les hôtels de grand luxe sur des atolls préservés, peuvent accueillir des touristes sans trop perturber leur environnement. C’est possible et cela sans construire des bungalows sur l’eau.

Nous devons tirer partie ce qui se passe sur ces îles. Il y a des retours d’expériences à exploiter, il faudra les intégrer au futur plan de gestion.

La Polynésie est une destination lointaine, pour un tourisme de luxe. Mais il y a sans doute d’autres créneaux à développer pour la RB. Pour cela, nous devons être les moteurs de la réflexion, aux côtés du ministère du tourisme.

Jusqu’à présent, il a toujours été possible de contenir les gros projets en rappelant qu’ils sont réalisés dans une réserve de biosphère et que si l’on veut préserver le tourisme, on doit aussi préserver les écosystèmes.

Prenons un exemple concret : 3000 croisiéristes qui débarquent sur un atoll, c’est 3000 noix de cocos fraiches qui sont offertes en boisson. C’est possible une fois, deux au maximum. Ensuite, il faut aller les chercher plus loin, et quand il n’y en aura plus, il n’y aura rien d’autre à offrir. Il faut donc préserver la ressource et la disponibilité des habitants.

Pour les habitants, l’équilibre mis en place ces dernières années, malgré l’essor du tourisme, est bon : ce sont les familles de l’île qui bénéficient de ces revenus et non les grands groupes.

 

Quid de l’extension de la Réserve de biosphère ?

C’est un projet auquel il faudra réfléchir. Cela suppose que la gestion de la commune soit consolidée dans un premier temps : partir d’un modèle qui fonctionne et qui serait reproductible sur les autres atolls. Pour que les populations et les maires acceptent le concept. Ce n’est pas évident, on observe une certaine méfiance, notamment de la part de maires qui ne comprennent pas trop comment cela fonctionne. Cela passe d’abord par un gros travail de vulgarisation et de communication, mais c’est un modèle qui correspond plus à la vie, notamment dans les communes.
Ce qui est sur, c’est que depuis toutes ces années, on privilégie les populations locales et les résidents. Le tourisme est une activité qui se développe, mais le bien-être des populations passe avant. Les populations sont parfois agressées par un développement qui n’est pas forcément le leur, et dont ils ne bénéficient pas directement.

Il faut mettre en place un plan de gestion et de suivi du développement touristique. Un tableau de bord est actuellement utilisé avec des indicateurs de suivi, notamment sur l’atoll de Fakarava, pour évaluer le développement touristique. On a l’impression que le tourisme est important, parce qu’il est sur de petites unités, avec de petits écosystèmes. Le peu d’activité qui existent peut être néfaste si ce n’est pas bien géré. Nous avons les moyens nécessaires pour suivre cette évolution.