Sciences participatives

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Les programmes de sciences participatives sont adaptés aux Réserves de biosphère, où l’interface entre recherche et connaissance du territoire, ainsi que l’implication des habitants, favorisent une gestion durable. Ces programmes permettent à la population de participer au suivi continu de leur environnement, et aux scientifiques de relever puis d’analyser un très grand nombre de données utiles à la gestion et à l’aménagement de la Réserve de biosphère.
Impliquer ces non spécialistes nécessite de combiner rigueur scientifique et approche pédagogique, en élaborant des protocoles de prise de données rigoureux mais simples. Pour motiver les personnes, il est primordial de faire le lien avec la gestion du territoire, et de mettre en place une restitution rapide des résultats de la participation.
Souhaitant promouvoir des programmes nationaux de sciences participatives, le MAB France a signé des conventions avec plusieurs d'entre eux. Il encourage également les Réserves de biosphère françaises à développer sur leur territoire leurs propres programmes de sciences participatives.

Des élèves mesurent le bois mort en forêt

Les élèves mesurent le bois mort en forêt. Crédit : Lycée E Chatrian de PhalsbourgLe bois mort est un élément très important des écosystèmes forestiers, habitat d’une large diversité d'organismes (champignons, bactéries, insectes…) jouant un rôle clé dans les flux d'énergie et les cycles des nutriments. Il est rare dans les forêts gérées de façon intensive car les arbres sont coupés avant d’atteindre ce stade. La biodiversité liée au bois mort est donc précieuse et à conserver. Estimer la quantité de bois mort permet d’orienter les pratiques de gestion forestières.

La Réserve de biosphère des Vosges du Nord a proposé de conjuguer le besoin de mesure du bois mort avec un projet pédagogique adapté aux élèves de lycées. En début d'année scolaire, une intervention en classe par un agent de la Réserve de biosphère présente le rôle du bois mort dans un écosystème forestier, et le problème général de la gestion forestière. Un protocole simple mis au point avec un technicien forestier est ensuite appliqué lors de deux sorties en forêt en cours d'année scolaire. Les relevés sont faits par des  groupes de 3-4 élèves, le long d’un transect.

Sur le terrain, les élèves apprennent à utiliser une carte IGN au 1/25 000 ème, un compas pour mesurer le diamètre des troncs d'arbre, un mètre rapporteur d'une longueur de 10 m, une boussole. Ils pratiquent les mathématiques en mesurant des diamètres, des longueurs, des angles, et en estimant les volumes, ou la répartition le long du transect. Les données sont ensuite saisies sur un tableur et transmises au gestionnaire de la réserve de biosphère qui peut ainsi évaluer l’évolution dans le temps de la quantité de bois mort et comparer la richesse de différentes forêts.

Alliant science de la vie, sport et mathématiques, ce projet éducatif interdisciplinaire contribue au suivi scientifique de la Réserve de biosphère.

Le suivi des hirondelles dans le Luberon - Lure

La Réserve de biosphère Luberon-Lure a mis en place le recensement des populations d’hirondelles, en collaboration avec la Ligue de Protection des Oiseaux. Tous les citoyens sont invités à compter les individus de ces espèces et leurs nids, pendant les mois de  juin et juillet. Cette opération de science participative vise à savoir si le déclin observé au niveau européen s’observe aussi localement, et de sensibiliser les habitants à leur conservation, notamment celle des nids que les hirondelles construisent sur les maisons et qui sont parfois détruits.

L’opération s’accompagne de conférences scientifiques ouvertes à tous, adaptées à un auditoire non scientifique.  Un grand nombre de livrets  d’information sont également envoyés aux mairies et offices du tourisme. Ils sont mis à disposition du public dans certains lieux de la vie quotidienne où des affiches sont également apposées. La mobilisation de la presse locale complète le dispositif d’information du public.

Les informations recueillies sont mises en ligne par les participants. Le nombre de participants à la campagne 2010 a été plus faible qu’attendu, montrant la difficulté de mobiliser le grand public. Les données obtenues par ce biais, assez peu nombreuses mais néanmoins précieuses, ont été complétées par des ornithologues plus avertis. Cette première opération sera renouvelée, l’objectif étant de la reproduire tous les 4 ou 5 ans, afin de disposer d’un suivi dans le temps.

Des suivis naturalistes pour alimenter les bases de données en Mer d'Iroise

Crave à bec rouge. Crédit : CEMOA Ouessant, la réussite et la pérennité des suivis naturalistes dépendent de la participation de nombreux ornithologues amateurs. Ces personnes qualifiées alimentent les bases de données du Centre d'Etude du Milieu Ouessantin (CEMO) de leurs observations depuis de nombreuses années.
Le CEMO a à la fois des missions éducatives et de veille écologique.
Le comptage des Craves à bec rouge regroupe des ornithologues de passage et des Ouessantins. Leurs données participent à une estimation fine et régionale de la population de ce corvidé rare et protégé en Bretagne occidentale.

Le CEMO participe également à des collectes de données au niveau national :

- Observatoire régional des oiseaux marins (OROM) coordonné par Bretagne Vivante - SEPNB,

- Réseau « Echouages de mammifères marins» coordonné par Océanopolis et le Centre de recherche sur les mammifères marins de la Rochelle,

- STOC (Suivi temporel des oiseaux communs) et STERF (Suivi temporel des rhopalocères de France) coordonnés par le Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris.

Le grand public, lui,  observe à la longue-vue la falaise où nichent une dizaine de couples de Fulmars boréaux, les bordereaux de suivis de la reproduction étant remplis avec des professionnels.

Plus d'informations: OROM, Réseau national d'échouagesVigie nature

Les enfants des Cévennes observent les effets du climat

Travail en classe. Crédit : E GranierPlusieurs écoles de la réserve de biosphère des Cévennes contribuent à  Phénoclim, programme de suivi de l’évolution de la végétation en fonction des changements climatiques.
Il est basé sur l’observation des stades de développement (phénologie) des végétaux sur différentes stations en zone de montagne. Sur leur zone d’étude, les écoles choisissent une, deux ou trois espèces dans la liste  suivante : Epicéa, Bouleau verruqueux et pubescent, Frêne, Sorbier, Lilas, Noisetier, Primevère et Tussilage.
A l’automne, ils notent les dates de changement de couleur et de chute des feuilles, et au printemps, les dates d’ouverture des bourgeons et de floraison. Ils réalisent également une fois par semaine des observations avec relevé de température et de pluviométrie. Ces résultats sont ensuite transmis par internet.

L’impact du changement climatique est étudié en comparant sur le long terme ces relevés climatiques et phénologiques, et en analysant l’importance des conditions de situation (fonds de vallée ou pente, altitude, exposition…).

Phénoclim permet de développer le travail inter disciplinaire et les approches croisées afin de comprendre le changement climatique dans sa complexité.

Plus d'informations: Phénoclim